Interview – ingénieur optique chez Sony Japan

Clément Vincent

Sony Japan

Ingénieur optique

 

 

 

 

03bQuelles études avez-vous effectuées ?

Je suis diplômé de l’école d’ingénieur SupOptique (Institut d’optique Graduate School), anciennement connue comme l’ »École supérieure d’optique ». Après, j’ai intégré un laboratoire de recherche de l’université de Tokyo pendant 7 mois.

 

03bAvez-vous fait des stages en France ou au Japon ? En quoi cela a-t-il nourri votre recherche d’emploi ?

Mon passage en laboratoire à Todaï s’est effectué en deux temps : un de 3 mois sur l’étude des interactions matière-rayonnement, puis un autre de quatre mois au sujet des réseaux de réactions biochimiques à l’échelle moléculaire.
Cette expérience m’a permis surtout de découvrir le Japon et m’a donné envie d’y retourner. Mais je pense que ces stages n’ont eu aucun impact direct sur ma recherche d’emploi.

 

03bQuel niveau avez-vous en japonais ? Combien de temps avez-vous mis pour atteindre votre niveau actuel ?

Lorsque je suis arrivé au Japon je n’avais que quelques bases, certainement en dessous du niveau JLPT N5 après un an d’apprentissage autodidacte.
Puis, pendant mon année d’immersion au Japon, j’ai suivi des cours dans une école de langues (KAI Japanese Language School). Depuis, j’ai obtenu le certificat JLPT N1.

 

03bVous avez recherché votre emploi au Japon comme tous les jeunes diplômés japonais via la procédure de “就職活動”. Pouvez-vous nous en présenter les principaux traits ?

J’ai effectué ma recherche d’emploi entre janvier et juillet 2014, durant ma période en école de langue, en suivant le processus de recrutement des nouveaux diplômés japonais. Durant les deux premiers mois, j’ai assisté à beaucoup de séminaires d’information organisés par les entreprises. Il est souvent obligatoire de participer à ces séminaires pour pouvoir avancer dans le processus de recrutement.

A l’étape suivante, il faut remplir un C.V. électronique sur le site de l’entreprise. Chaque entreprise a son propre format, avec des questions du type « quelles est l’activité dans laquelle vous vous êtes le plus investi durant votre vie étudiante ? ».
Ensuite, chaque entreprise fait passer un test d’aptitude, le « SPI », en ligne ou parfois dans un centre d’examens. Le test est en japonais : même avec un JLPT N1, il est peu probable de le réussir en tant qu’étranger. Mais les R.H. tiennent compte de votre situation, donc ce n’est pas le point le plus important.

Si votre C.V. est retenu, vous serez convoqué pour les entretiens. Il y en a en moyenne trois à quatre par entreprise. Ils sont de plusieurs formes : entretien de groupe, entretien visant à évaluer les qualifications, entretien visant à évaluer la personnalité, « group discussion » ou un groupe de 5 ou 6 candidats doivent débattre sur un sujet donné et sont évalués en fonction de leur capacité à communiquer au sein du groupe, etc.

Même si certaines entreprises proposent des versions anglaises de leurs sites de recrutement et permettent de passer les entretiens en anglais, pour l’écrasante majorité, toute la procédure se fait en japonais. En général, les grandes entreprises proposent un séminaire pour les étudiants étrangers, mais ils sont en japonais et ne sont pas très différents des séminaires classiques. Par contre, il y a souvent des forums de recrutements pour étudiants étrangers. Là aussi c’est toujours en japonais, mais cela permet de découvrir des entreprises intéressées pour embaucher des étrangers, qui ne sont pas nécessairement des grandes multinationales.

Quant à moi, j’ai postulé pour une quinzaine d’entreprises et obtenu quatre propositions d’embauche. Ce qui a fait la différence entre réussite et échec dans mon cas, c’est d’abord de savoir si l’entreprise était intéressée ou non à embaucher des étrangers. En général, ce sont les grandes multinationales ou les entreprises cherchant à s’étendre à l’international. Il est aussi primordial d’avoir bien préparé ses entretiens, comme en France.

Sony présentait plusieurs avantages par rapport aux autres, à savoir sa taille, l’attractivité des produits, le contenu du travail proposé et aussi la rémunération.

 

03bComment avez-vous fait valoir votre niveau de japonais en entretien et dans vos dossiers de candidature ?

Durant ma recherche d’emploi je n’avais encore aucun diplôme ou justificatif d’aptitude en japonais.
J’ai simplement rédigé mes 履歴書 en langue japonaise, afin que mon dossier soit retenu, puis les R.H. ont pu évaluer mon niveau de langue directement lors des entretiens.

 

03bVotre niveau de japonais a-t-il été déterminant pour votre embauche ?

L’intégralité du processus était en japonais (séminaires, C.V., test, entretiens). Donc oui, pour moi le niveau en japonais a été déterminant, autant que pourrait l’être le niveau de français pour chercher un travail en France.

 

03bAu quotidien, qu’en est-il ? Votre poste nécessite-il une bonne maîtrise de la langue ?

Oui, car je communique exclusivement en japonais au quotidien.
Même si il y a d’autres étrangers dans l’entreprise, sur mon lieu de travail je suis le seul. Je pense que de façon générale, un ingénieur pourra trouver un travail au Japon même s’il ne parle pas la langue. Mais les gens capables de parler couramment anglais autour de moi sont peu nombreux. Et mon travail nécessite d’interagir en permanence avec d’autres ingénieurs. Donc, pour ce genre de poste, il parait difficile d’être efficace au même niveau sans savoir parler japonais.

 

03bPensez-vous que le fait de ne pas être Japonais constitue un frein pour votre carrière au Japon ?

Pas pour le moment.

03bQuels ont été, selon vous, les éléments déterminants dans votre embauche ?

Je ne connaissais personne au sein de l’entreprise et personne ne m’a mis en contact. Je pense que les R.H. ont apprécié que les compétences mises en œuvre lors de mes stages et de ma formation initiale soient en rapport direct avec mon travail actuel, à savoir l’ingénierie optique.

 

03bQuel outil ou information vous a manqué et fait perdre une opportunité ?

Au début, mon dossier n’a pas été retenu à cause d’une mauvaise préparation des entretiens.
Après en avoir passé plusieurs, les mêmes questions reviennent donc je me suis amélioré au fur et à mesure.

 

03bQuelles sont les différences entre la France et le Japon concernant la recherche d’emploi ?

Le processus traditionnel qui concerne les nouveaux diplômés au Japon, le 就活, est très impersonnel. Tout le monde est traité de la même manière et passe par les mêmes étapes.

 

03bQuels sont vos travaux/missions dans l’entreprise ?

Je suis membre de l’équipe de développement de l’autofocus pour les appareils photo digitaux.

03bQuels sont les avantages et les inconvénients à embaucher un étranger pour votre entreprise ?

Mon entreprise ne prévoit pas de m’envoyer à l’étranger ou de me mettre en relation avec les clients étrangers, donc mise à part la diversité culturelle, je ne pense pas que ma nationalité ait été un facteur déterminant pour mon embauche.
Les différences culturelles et la barrière de la langue créent parfois des difficultés mineures, mais mes supérieurs et moi-même sommes d’accord sur le fait qu’après quelques années d’expérience, elles disparaitront d’elles-mêmes.

03bAvez-vous des conseils pour les francophones qui cherchent du travail au Japon ?

Tout d’abord, ne croyez pas la légende selon laquelle « en tant qu’ingénieur, il est inutile de savoir parler japonais ». D’après mon expérience personnelle et celle de la plupart de mes amis français travaillant au Japon, c’est faux.

Je conseille donc de ne pas sous-estimer l’importance de la langue. Il n’est sans doute pas nécessaire d’atteindre le JLPT N1 pour certains postes, mais je pense qu’il est extrêmement important de montrer aux R.H. votre investissement dans l’apprentissage de la langue, ne serait-ce que pour les rassurer sur le fait que vous n’êtes pas un touriste.

Par ailleurs, le parcours que j’ai suivi ne s’adresse qu’aux nouveaux diplômés. Par conséquents, je conseille plutôt aux personnes plus expérimentées d’entrer en contact avec un « chasseur de têtes » sur place. Ce sont des professionnels dont le travail est de présenter des candidats aux entreprises. Il y en a un certain nombre spécialisés dans les candidats étrangers au Japon, et cela semble être un moyen assez efficace et rapide pour trouver un travail dans ce pays.