JET Programme : Coordinateur des relations internationales

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Damien ROBUCHON

JET Programme

Mairie de Tomioka (Préfecture de Gunma)

Coordinateur des relations internationales (C.I.R)

03bPouvez-vous nous détailler votre cursus scolaire ?

J’ai commencé par deux années d’études en production et réalisation audiovisuelle à l’école Cinécréatis à Nantes. Puis j’ai suivi et obtenu une licence LLCE de japonais à l’Inalco en 2010 (cursus Japon moderne et interprétariat), avant d’effectuer une année d’échange de niveau M1 au sein du département de sociologie de l’Université Sophia de Tokyo.

Je suis également détenteur d’un équivalent Deug en LLCE chinois de l’Inalco.

03bQuel est votre niveau actuel en japonais ?

Je pense avoir un niveau avancé. J’avais commencé à l’apprendre en autodidacte en terminale avant d’en faire ma spécialité lorsque j’ai intégré l’Inalco en 2007. J’ai toujours cherché à améliorer mon japonais à côté de mes études, même quand j’étais inscrit à l’Inalco. Ma principale motivation était le passage des niveaux successifs du JLPT : niveau 3 en 2007, niveau 2 en 2008 puis niveau 1 en 2009, le tout sans avoir jamais posé les pieds au Japon (c’était un vrai défi personnel, surtout concernant le niveau 1).

Mon année d’échange au Japon ‘a permis de renforcer ma compréhension et mon expression orale, domaines que j’avais du mal à améliorer depuis la France et pour lesquels je ressentais une faiblesse, surtout pendant les cours d’interprétariat.

J’ai également passé l’examen de kanji japonais, le kanken, en 2011. Je possède le niveau semi 2.

03bComment avez-vous pris connaissance de l’existence du programme JET ?

Grâce à un ami lorsque j’étais étudiant en audiovisuel à Nantes. Ce dernier animait des groupes hebdomadaires de discussion en japonais et se préparait à l’époque pour le programme JET afin de devenir CIR dans la ville de Kôbé. Avant d’être engagé à Kôbé, il n’avait jamais été au Japon et était très motivé en japonais, un modèle pour moi en somme.

Lors de mon année d’échange au Japon (2010-2011) je me suis rendu sur le lieu de travail de cet ami en question, à son invitation. Cela m’a énormément motivé pour me présenter moi aussi aux sélections du programme JET pour l’année 2013.

03bPouvez-vous nous expliquer les différentes étapes de la sélection ?

En 2013, c’était la première fois que les candidats au programme JET avaient une connaissance exacte des postes à pourvoir, publiés peu de temps après le début des sélections, ce qui ne laissait donc pas beaucoup de temps aux candidats pour préparer leur dossier.

En 2013 donc, sept postes de CIR (coordinateur des relations internationales, n.d.l.r.) français étaient à pourvoir (dont trois nouvelles créations de postes en comptant Tomioka), ce qui est un chiffre énorme quand on sait que certaines années ne proposent même pas de postes pour les Français.

Lorsque les offres sont mises en ligne sur le site de l’ambassade du Japon, chacun sait exactement quels postes sont à pourvoir et peut donc préparer son dossier de candidature. Chacun doit donner un ordre de priorité aux postes recherchés et doit argumenter en conséquence.

Une fois le dossier envoyé, il faut attendre un contact de l’ambassade du Japon qui signifie au candidat s’il est ou non choisi pour passer un entretien de sélection.

Le candidat se rend le cas échéant à l’ambassade et passe donc un entretien, composé pour ma part d’un test de japonais oral face à un jury de deux personnes, puis un véritable entretien face à un jury plus important et organisé pour sa plus grande part en japonais. Quelques questions en anglais et en français sont également posées. Le jury interroge le candidat, entre autres, sur le contenu de son dossier, teste sa motivation, son adéquation aux postes convoités, son niveau de japonais et sa capacité d’intégration.

Suite à l’entretien, le candidat reçoit ou non une notification selon laquelle il est ou non accepté pour un poste.

03bComment avez-vous préparé votre dossier de candidature ?  D’après vous, quels sont les qualités attendues pour attirer l’attention du jury et le convaincre du bien-fondé de votre candidature ?

J’ai préparé mon dossier de candidature en suivant les conseils de l’ami ancien CIR à Kôbé ainsi que d’un CIR engagé en 2012 à Niigata que j’avais auparavant rencontré à Nantes. Leur expérience de CIR en poste m’a énormément aidé. D’autres amis japonais m’ont donné des conseils pour les parties à rédiger en japonais. Le candidat doit selon moi montrer au jury qu’il est adapté au poste recherché et capable de se débrouiller dans un nouvel environnement qui peut parfois être entièrement japonais (langue, normes sociales, manière de travailler, etc.). Le candidat doit bien sûr maîtriser le japonais et faire preuve d’une grande souplesse, d’une grande adaptabilité, tout en étant sérieux et compétent. Il faut le cas échéant être capable de mettre à profit une compétence particulière une fois sur place. Si le candidat vise un poste en particulier, il est bon de bien argumenter dessus et de bien connaître le poste en question et ce que le candidat est susceptible d’y apporter. Le candidat doit en quelque sorte montrer au jury qu’il est « l’homme de la situation ».

03bComment s’est déroulé l’entretien ?

L’entretien principal s’est déroulé dans un cadre très intimidant, me retrouvant assis seul face à un jury entièrement japonais à l’exception d’un Français ancien CIR. J’ai suivi les conseils de mes amis CIR et j’ai essayé d’être le plus professionnel possible tout en respectant les convenances japonaises en matière d’entretien d’embauche.

On m’a posé des questions en japonais sur mon dossier, mes études, mes goûts cinématographiques japonais, ce que je comptais apporter une fois à mon poste, les raisons pour lesquelles je visais un poste en particulier… Des questions en anglais également, pour tester mon niveau et savoir si j’étais opérationnel en cas de besoin.

Au niveau du ressenti personnel, je n’ai pas éprouvé de mise en difficulté particulière et l’ensemble de l’entretien a été cordial et même agréable. Je suis ressorti de l’entretien satisfait et avec le sentiment que tout s’était bien passé.

03bDe quelle manière avez-vous valorisé votre niveau de japonais lors de votre candidature puis pendant l’entretien ?

Pour le dossier, j’ai valorisé mon niveau de japonais de plusieurs manières. J’avais en ma possession mes notes obtenues à l’Inalco, les différents certificats du JLPT mais aussi du kanken par exemple. Par ailleurs, j’ai souligné ce que m’avaient apporté certaines expériences, dont la participation régulière à des groupes d’échange en japonais, mon année à Sophia, ou encore certaines expériences de traduction et d’interprétariat notamment dans le milieu audiovisuel.

03bAu sein de la mairie de Tomioka, quelles sont vos missions principales ?

En tant que coordinateur des relations internationales de la ville de Tomioka, je suis amené à accomplir des tâches nombreuses et variées. Je contribue principalement aux activités de protocole de la mairie, et du maire en particulier, en servant comme traducteur et interprète japonais-français-anglais pour les correspondances et à l’occasion des visites officielles. De plus, je m’occupe de l’accompagnement des visites de la Filature de la soie de Tomioka, en assurant les visites en anglais et en français, en m’occupant de la signalétique et de la promotion du site sur plusieurs supports de communication. Mes activités relatives à la Filature comprennent également des recherches documentaires et de traduction d’archives et d’ouvrages scientifiques afin de faire avancer les recherches au Japon sur les origines de la Filature. Enfin, je participe à l’organisation de plusieurs événements locaux tels que des cours, des ateliers ou des événements promotionnels en langues japonaise ou étrangères.

03bPouvez-vous nous en dire plus sur votre expérience à la Filature de la soie de Tomioka ?

Ma présence à Tomioka contribue à faire connaître le site à l’étranger, mais aussi auprès des Japonais qui sont curieux et surpris de découvrir qu’un Français travaille à la Filature de soie de Tomioka près de 140 ans après la fondation de ce même site par des Français.

03bDepuis un an, vous passez régulièrement dans les médias, notamment à la télévision. A quel genre d’émissions êtes-vous convié ? Comment êtes-vous parvenu à attirer l’attention des médias ?

Ma responsable, personne ayant décidé d’embaucher un CIR français à Tomioka pour la première fois, m’a très vite présenté aux différents médias venant s’intéresser à la Filature de soie de Tomioka. Ma venue à Tomioka avait en elle-même attisé la curiosité des journaux locaux et même nationaux, surtout avec l’inscription de plus en plus proche de la filature au patrimoine mondial de l’UNESCO.

En 2014, un réalisateur avec qui j’avais travaillé me propose de participer à la réalisation d’une émission de la série « Journeys in Japan » pour la chaîne anglophone NHK World. J’ai participé à l’écriture, au repérage ainsi qu’à la mise en scène de l’émission, étant donné que j’ai pour la première fois joué le rôle du reporter ainsi que du premier directeur français de la filature, Paul Brunat. C’était une expérience inoubliable que je souhaite réitérer.

Avec l’inscription en juin 2014 au patrimoine mondial de l’UNESCO et le déferlement des médias japonais à Tomioka, j’ai eu de plus en plus d’occasions de passer à la télévision, toujours encouragé par ma responsable qui pensait que cette mise en valeur médiatique faisait aussi  la promotion du programme JET et notamment des CIR français. La plupart du temps, j’étais chargé de faire visiter les lieux phares de la filature aux chaînes de télévision japonaises, en japonais bien sûr, et le tout accompagné de célébrités du petit écran. J’ai ainsi eu l’occasion de passer sur plusieurs chaînes, y compris TBS pour laquelle je suis régulièrement appelé à participer au tournage plateau de l’émission du mardi soir « Tokoro-san no nippon no deban ».

03bPensez-vous contribuer aux échanges culturels entre le Japon et la France ? Si oui, de quelle manière ?

Je pense jouer un rôle de passerelle entre France et Japon dans un site symbole de la naissance des relations entre ces deux pays. Mon travail permet une véritable reconnaissance du rôle et de la valeur de l’industrie soyeuse au sein du développement de ces échanges. Ma présence facilite également l’approche des Français désirant mieux connaître. Petite anecdote : peu de temps après l’inscription de la Filature de soie de Tomioka au patrimoine mondial en 2014, nous avons reçu la visite du Premier ministre japonais, monsieur Shinzo Abe. J’ai appris le jour-même que j’allais avoir l’occasion de le rencontrer, de lui parler et d’être juste à sa droite sur la photo souvenir! J’ai profité de l’occasion qui m’était offerte pour parler du rôle de ce site en tant que symbole des relations franco-japonaises. J’espère que mon petit discours aura su retenir l’attention du Premier Ministre qui, suite à mon intervention, a mis en valeur l’importante de l’internationalisation de sites comme Tomioka.

03bEn dehors de votre travail, comment se passe la vie quotidienne dans la ville de Tomioka ?

Ma vie quotidienne à Tomioka est en accord avec l’échelle d’une petite ville de province japonaise : éloignée du tumulte des grandes villes mais riche de relations humaines pleines de chaleur et de sincérité. Mon travail et ma mise en valeur médiatique aidant, nombreuses sont les personnes me saluant ou souhaitant sympathiser. Les gens me font sentir que ma présence apporte beaucoup à la ville et à sa notoriété, ce qui me pousse à continuer de vouloir y vivre et y travailler. De plus, l’inscription au patrimoine mondial a permis à tous les Japonais de connaître ma ville, drainant ainsi un flot continu de curieux venant y redécouvrir les débuts de l’industrialisation du Japon ainsi que le rôle joué par la France dans ce processus. Tomioka, avec son caractère unique et sa population amicale, est véritablement devenue mon deuxième chez-moi. En outre, malgré le réseau de transports en commun peu développé dans le département de Gunma, il est facile de se rendre à Tokyo par exemple grâce à un réseau de bus reliant la capitale en 2 heures et partant de la sortie d’autoroute de Tomioka.

03bPouvez-vous nous raconter votre projet professionnel après votre contrat ?

Les nombreuses expériences et opportunités dont je bénéficie grâce à mon poste à Tomioka contribuent à faire mûrir de plus en plus ma réflexion et mes choix quand à mon projet professionnel post JET. Mon contrat étant renouvelable jusqu’à 5 ans, il me reste en principe à peu près 3 ans à travailler comme CIR de Tomioka. Je compte utiliser le temps qu’il me reste pour préciser mon choix futur. Une chose est sûre : je compte continuer de travailler au Japon. Pour le secteur professionnel, je dois avouer que mes dernières expériences audiovisuelles sont loin de m’avoir laissé indifférent.

03bEnfin, avez-vous des conseils à donner aux francophones souhaitant faire partie du  programme Jet ?

Je leur dirai tout d’abord qu’il y a beaucoup d’appelés pour peu d’élus. L’année 2013 a été très faste et j’estime avoir eu énormément de chance. Je comptais de toute manière postuler pour 2013, sans même savoir si des postes allaient se libérer. Une seule chose était sûre : ma motivation et ma détermination étaient sans faille. Je conseillerai donc à tout candidat de se consacrer avec sérieux et détermination à  la préparation du dossier. Par là je veux dire accumuler des expériences dans les relations franco-japonaises et la langue japonaise, viser le meilleur niveau de japonais possible tout en accordant de l’importance à un bon usage de la langue française, etc. On nous fait savoir une fois sélectionnés que les JETs français représentent une élite au sein du programme JET lui-même étant donné la sélection très dure, raison de plus pour honorer cette réputation d’excellence. Je ne saurais trop conseiller à chacun de se renseigner auprès de Français en poste ou bien ayant l’expérience du programme JET, car je pense qu’ils seront les mieux placés pour guider les candidats vers la réussite. Le programme JET offre aux participants la possibilité d’avoir accès à une expérience unique au sein d’un secteur d’ordinaire fermé aux étrangers, le tout dans des conditions privilégiées et avec tout un panel de possibilités en fin de contrat. Bon courage !