Interview – Stage chez Mercedes-Benz au Japon

Armand Garenne

Mercedes-Benz Japan

Assistant R&D

Spécialité : Traduction japonais/anglais

 

 

 

03bQuelles études avez-vous suivies ?

J’ai passé une maitrise (BAC+4) en Langues et Affaires, Commerce International, spécialité : anglais/japonais à l’Université d’Orléans. Durant ce cursus, j’ai effectué une année d’échange dans une université japonaise (Aichi) durant laquelle j’ai suivi des cours exclusivement de langue japonaise.

03bRacontez-nous votre expérience de recherche de stage.

Au début de ma recherche, je m’étais concentré sur la dizaine d’entreprises de ma région habituées à accueillir des stagiaires. Après quelques réponses négatives (sans compter les candidatures restées sans réponse), j’ai décidé de chercher un stage au Japon.

Je l’ai trouvé via un site d’offres de stages sur Internet. Kopra.org contient essentiellement des offres de stages visant les étudiants allemands souhaitant effectuer un stage en Asie du Sud-Est. Mercedes Benz fut la seule entreprise à laquelle j’ai envoyé une candidature.

Après un délai relativement cours (moins de 3 semaines) j’ai été recontacté par l’entreprise. La procédure de recrutement s’est faite en 2 étapes :

1) Entretien téléphonique via Skype avec présentation de soi en anglais et japonais puis questions-réponses

2) Traduction technique à réaliser le plus vite possible à la maison. Le temps nécessaire à la traduction annoncée à l’entreprise relève de la bonne foi du candidat.

La décision finale est annoncée par email ou téléphone.

03bQuel niveau aviez-vous en japonais. Combien de temps avez-vous mis pour atteindre votre niveau ?

Après 3 années d’études de japonais à l’université française, à raison de 3 heures par semaine, mon niveau équivalait plus ou moins au JLPT niveau 3.

A la fin de l’année d’échange au Japon, j’ai passé le JLPT 2 sans difficulté. Néanmoins, un élève assidu et constant dans l’apprentissage peut prétendre passer le JLPT 1.

03bComment avez-vous fait valoir votre niveau de japonais en entretien et dans vos dossiers de candidature ?

Mon niveau de japonais a été justifié tout au long du processus de recrutement:

– Lors de l’envoi de ma candidature : diplôme universitaire, certificat (JLPT),

– Durant l’entretien : preuve par l’oral,

– Après l’entretien : preuve par l’écrit.

03bQuels ont été, selon vous, les éléments déterminants dans votre engagement du ? Quelles sont les compétences qui vous étaient demandées pour le stage.

La première sélection a été faite lors de l’entretien téléphonique mais c’est la qualité de la traduction technique qui a été déterminante dans le choix du stagiaire.

Pour le stage, il était demandé de savoir lire en diagonal les informations contenues sur les sites et dans les journaux japonais et de savoir en extraire l’information essentielle. Il fallait également pouvoir croiser les informations de plusieurs sources pour les confronter, les compléter ou les nuancer.

03bLes formalités ont été compliquées? (papiers, VISA)

Non, l’entreprise envoie par courrier une lettre d’invitation. Il suffisait de la joindre au formulaire de demande de visa Stage accompagnée des documents classiques requis (pièce identité, billet avion, convention de stage de l’université,…).

03bQuels étaient vos travaux/missions dans l’entreprise ?

Lecture des articles spécialisés dans le domaine automobile (sites Internet, journaux, conférences,…). Synthèse des informations et traductions en anglais. Rédaction hebdomadaire et semestriel d’un rapport concernant les nouvelles technologies dans le domaine des moteurs nouvelle génération.

03bAvez-vous vécu dans la résidence de l’entreprise? Si oui, comment c’était? Etiez-vous rémunéré? Cela était suffisant pour vivre?

Il n’y avait aucune résidence fournie par l’entreprise. Les stagiaires devaient rechercher un logement. Du fait de la durée du stage (plus ou moins 6 mois), les stagiaires optaient pour une « guest house » : chambre/appartement pour court, moyen et long séjour. La rémunération du stage couvrait le loyer, le transport et quelques sorties occasionnelles dans le cas où le stagiaire décidait de vivre en guest house.

03bQuelles étaient les qualités et compétences des autres stagiaires d’après vous?

La majorité des stagiaires étaient allemands. Le management étant assuré par des ingénieurs allemands, la communication et la culture leur étaient donc communes. On peut également ajouter que les allemands parlent mieux anglais que les français (on trouvera toujours des exceptions mais la tendance générale est ainsi).

Une partie des stagiaires étaient soient natifs anglais ou japonais : ils maitrisaient parfaitement au moins l’une des 2 langues requises pour le travail.

Certains stagiaires sont étudiants en ingénierie : ils possèdent plus de connaissances scientifiques dans le domaine automobile et sont donc plus aptes à comprendre la technologie et le jargon scientifique.

03bQu’est ce que vous aimez et n’aimez pas dans l’entreprise japonaise?

Dans le cas de Mercedes Benz, l’entreprise étant sous management allemand avec parité quantitative d’employés japonais et allemands, l’environnement de travail était international. L’ambiance y était détendue mais la rigueur était purement représentative de l’esprit germano-japonais : strict, droit, synthétique, précis et hiérarchique. J’ai apprécié travailler dans cette entreprise parce que les employés s’investissaient au maximum dans leur travail et dans l’encadrement des stagiaires.

Concernant l’entreprise japonaise en général, j’aime l’investissement personnel de chacun au profit du groupe. Je n’aime pas sa conception de la hiérarchie qui tend à étouffer toute expression individuelle.

03bParliez-vous plus en Japonais ou en Français ou en Anglais au bureau?

90% en japonais, 10% en anglais.

03bQu’est ce que vous avez appris grâce à cette expérience?

La rigueur dans les traductions. Le respect des délais. Le futur de la marché automobile au Japon. L’humour allemand.

03bQuel information ou outil vous a manqué et fait perdre une opportunité ? Au contraire quel aide ou conseil que vous avez reçu vous a permis de faire la différence?

Mon unique candidature envoyée a été retenue. Je n’ai reçu aucune aide ou conseil.

03bQuelles sont les différences entre la France et le Japon concernant la recherche de stage?

D’après mon expérience, les recruteurs en France portent une plus (trop ?) grande importance au diplôme ce qui est compréhensible puisqu’ils connaissent le système éducatif français.

Les recruteurs au Japon connaissent beaucoup moins le système éducatif européen. Ils vont donc davantage juger les candidats sur leurs expériences et leur personnalité.

03bEn quoi le fait que vous soyez français était un avantage pour votre entreprise ? Cela a-t-il pu générer des difficultés pour certaines tâches / missions ? Comment vous et votre hiérarchie avez envisage de surmonter ces difficultés liées au fait que vous ne soyez pas japonais ?

Etre français n’était pas un avantage. Mes expériences professionnelles au Japon m’ont montré que l’employé français est perçu comme peu travailleur, souvent râleur et pas toujours rigoureux. Etant habitué à travailler avec les Japonais, je n’ai rencontré aucune difficulté, si ce n’est mes approximations linguistiques qui quelques fois créaient la confusion dans la communication. Il n’en tenait qu’a moi d’améliorer mon niveau.

03bAvez-vous des conseils pour les français et francophones qui cherchent  un stage au Japon ?

Les entreprises japonaises sont peu familières avec la notion de stage « à l’occidental ». Il est préférable de postuler en réponse à des offres et oublier les candidatures spontanées. Les meilleures cibles sont bien évidemment les filiales ou branches d’entreprises européennes implantées au Japon ou encore les multinationales japonaises. Néanmoins, il n’est pas sans intérêt d’adresser des candidatures à des entreprises plus « locales ». Apres plusieurs demandes de stage reçues, ces entreprises pourraient envisager de tenter l’expérience.

Rien ne sert de parler parfaitement japonais. Si c’était le cas, il suffirait à l’entreprise de recruter directement une personne native. Je pense qu’il est préférable de laisser paraître ses lacunes dans la langue et de les compenser par une forte motivation.

Les recrutements se faisant à distance, il est facile d’enjoliver son profil. Cependant, mieux vaut ne pas mentir sur ses propres compétences ou connaissances. Même si obtenez le stage, l’entreprise sera plus réticente à accueillir des étudiants d’une certaine spécialité, d’une certaine école voire d’un certain pays.

03bPourriez-vous nous raconter votre projet professionnel dans l’avenir?

Je souhaite travailler au Japon pendant quelques années au sein d’une entreprise japonaise afin d’améliorer mon niveau en langue et mieux connaître les caractéristiques de la vie professionnelle du pays. A terme, j’envisage de créer ma propre association/entreprise dans le cadre du tourisme ou de l’éducation au Japon afin de rapprocher culturellement la France et le Japon.